Pour mieux comprendre le développement de l'enfant :
Le petit humain naît dans un état de grande prématurité. Le cerveau du nourrisson, à sa naissance, est en cours de formation. Les cellules qui vont le constituer se maturent progressivement depuis le dernier trimestre de la grossesse jusqu’au 24e mois après sa naissance. Les neurones ne seront au complet et opérationnels que vers 2 ans. Le périmètre cérébral passe de 35 cm à la naissance à 50 cm à 2 ans pour 55 cm à l’âge adulte. Et le cerveau lui-même pèse 350 gr. à la naissance contre 1150 gr. à 2 ans et 1450 gr. à l’âge adulte. Mais ce n’est pas le nombre de cellules neuronales qui fait l’intelligence. Celle-ci ne se développe qu’au fur et à mesure que des connexions (synapses) s’établissent entre les cellules du cerveau. Et ces connexions se développent d’autant mieux que le bébé est inclus dans un environnement qu’il va pouvoir faire sien, assimiler, intégrer, maîtriser et sur lequel il va pouvoir agir.
Dans les premiers mois de la vie, seules les formations de la vie végétative et émotionnelle arrivent à maturité pour téter, avaler, écouter puis voir…, mais aussi souffrir, avoir du plaisir, communiquer, échanger des sourires, des gazouillis, des regards. L’interaction entre le bébé et son entourage est intense, mais passe par le «senti» et non le «réfléchi». Car les liaisons entre elles des cellules corticales, c’est-à-dire du fonctionnement intellectuel, sont les plus longues à obtenir maturation. Vers 2 ans, les lobes préfrontaux impliqués dans les processus de stratégies, d’hypothèses, de correction d’erreurs, sont encore peu développés. Un système prélogique se met lentement en place qui n’aboutira que vers 7 ans à des aptitudes logiques conséquentes. Auparavant, l’enfant perçoit beaucoup de choses, mais n’apprend que lentement à établir un rapport entre elles. Les capacités intellectuelles du bébé ne lui permettent absolument pas de développer des stratégies face aux réprimandes de ses parents.
Comment peut-on dire d’un bébé, aussi peu armé intellectuellement, qu’il fait des caprices, qu’il nous mène par le bout du nez ou qu’il cherche à nous faire tourner en bourrique ! Le pauvre petit bout de chou n’en a absolument pas les moyens !
Les émotions, par contre, sont ressenties et exprimées fortement et tout de suite puisqu’elles ne peuvent pas être médiatisées par l’intelligence. Il faut se méfier de prendre pour argent comptant des phrases qu’utilisent certains éducateurs qui prônent avec raison une éducation active du bébé et disent que «mon bébé comprend tout». C’est évidemment une image faite pour faire réfléchir et non pas une réalité. Surtout lorsqu’il s’agit de claques données à un âge où justement les bébés ne peuvent pas faire la relation entre ce qui vient de se passer (qui comporte souvent plusieurs séquences) et la claque.
Louis, bébé de 4 mois, saisi le joli pendentif de sa Marraine et tire dessus. Inquiète, elle essaie de lui faire lâcher prise, puis, comme il n’obtempère pas, elle lui administre une petite tape sur la main qui tient le bijou. Il braille, mais ne lâche toujours pas! «Quel petit chenapan» s’écrie-t-elle. Elle n’aurait pas dû le laisser approcher de ce bijou car s’il le garde vigoureusement dans sa main, ce n’est pas par caprice mais parce qu’il ne maîtrise pas encore bien le relâchement volontaire qui demande déjà une certaine maturité neurologique. Et la tape augmente encore la crispation!
Pendant longtemps, ce bébé ne vit que dans le présent. Il acquiert peu à peu énormément de connaissances, mais par une suite d’essais et d’erreurs qu’il fait un peu au hasard et qui s’intègrent inconsciemment dans sa mémoire. Si les expériences sont trop vite et surtout trop tôt tuées dans l’œuf par des réprimandes et surtout par les si fameuses «petites tapes», il cessera de les faire, incapable à cette époque d’effectuer un choix pour ne répéter que celles qui vous satisfont.
Par contre, s’il se sent encouragé, ce bébé va faire des progrès rapides, mais à son rythme propre que vous découvrirez par votre écoute attentive. Vers 9 ou 10 mois, il va commencer à se déplacer partout à quatre pattes. Les découvertes qu’il entame sont indispensables. Piaget affirme que le développement mental du nouveau-né jusqu’à 18 mois dépend de son pouvoir de se mobiliser normalement, contrairement aux habitudes pas si anciennes qui faisaient emmailloter les bébés comme des saucissons, leur interdisant tout geste autonome.
Mais c’est souvent devant le développement de cette autonomie du bébé que les grosses difficultés commencent. Elles se majoreront quand il marchera parce que ses explorations lui font courir des risques dont les parents ont bien conscience.
Deux options urgentes sont alors à prendre:
- supprimer tous les risques qui peuvent l’être (objets dangereux, fragiles…) et mettre à la place des objets colorés inoffensifs (gant de toilette de couleur vive, bouteille de plastic vide, pantoufle…)
- protéger l’enfant par la présence d’un adulte ou des clôtures quand le risque ne peut pas être évacué. Là encore, taper n’empêche pas la reprise de l’exploration, donc du danger, mais à la longue peut supprimer toute envie d’exploration.
Autre problème souvent mal vécu par les parents: la fameuse période d’opposition qui, suivant les enfants, se situe entre 18 mois et 3 ans. Cette étape du développement est extrêmement importante et il faut un minimum de diplomatie et beaucoup de patience pour la franchir de bonne façon pour tout le monde. Car il est indispensable que l’enfant ne se sente plus comme indissociable de la personne de référence, le plus souvent la mère. Il a besoin de conquérir de l’autonomie, de se différencier d’elle, donc de n’avoir pas toujours le même désir et même de s’opposer à ce désir. Donc de savoir dire «non»! Que cette opposition qui se répète soit souvent agaçante, c’est certain, mais cela le sera d’autant moins que l’on aura compris l’importance qu’elle a pour la construction de l’enfant, pour son accès à l’autonomie. Quant on sait par ailleurs que l’enfant de cet âge vit dans l’instant, il est facile quand il s’oppose de simplement confirmer verbalement notre désir de parent (je comprends bien que tu n’as pas envie mais il le faut) et de parler vite d’autre chose sans déclencher un conflit de prestige ou d’autorité là où il n’y a que problème de maturation psychique en cours.
Quant à 9 ou 10 mois, Léa est toute joyeuse de taper dans son assiette pleine de purée avec sa main, il suffit de retirer l’assiette en disant clairement «non» et de ne pas la représenter aussitôt. Sinon, comme elle n’a pas compris ce qui se passe, elle va recommencer son expérience en vous regardant fixement, ce qui va vous faire penser qu’elle vous nargue et faire tomber la «petite tape» à laquelle elle ne comprendra rien, si ce n’est qu’elle ne peut plus avoir confiance en votre amour et sans qu’elle sache pourquoi.
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1 commentaire:
très intéressant cet article juju...
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